Que j’aime avoir raison. L’autre jour, deux de mes « collègues » nordistes m’écoutaient, polis mais sceptiques, leur dire que All mouth and no trousers (traduction littérale : beaucoup de gueule, pas de pantalon) est une corruption sudiste de l’expression nordiste All mouth and trousers (beaucoup de gueule et de pantalon). Pas moyen de me rappeler où j’avais appris cela, alors je me suis lancée à la recherche d’une source irréfutable et devinez quoi ? J’ai trouvé un blog exclusivement consacré à la survie de cette expression. Comment peut-on ne pas adorer l’Internet ? Apparemment, telle la grenouille-taureau qui menace les grenouilles autochtones de mon Aquitaine natale, All mouth and no trousers pourrait provoquer l’extinction d’All mouth and trousers. J’ai trouvé une excellente description de cette situation sur le site Internet du Telegraph par Michael Quinion, auteur de l’excellent World Wide Words. Ne ratez pas la mention de l’expression All fur coat and no knickers (en manteau de fourrure, mais sans culotte), que James Ward m’a apprise et que j’adore) :

Cette étrange expression prend sa source dans le nord de l’Angleterre et est utilisée, principalement par des femmes selon mes observations, pour remettre sèchement à sa place un homme agressif et trop sûr de lui. Il est toujours difficile de retrouver l’origine de telles expressions proverbiales : personne ne sait d’où elle vient, ni la date de son apparition, mais elle est utilisée à partir de la fin du 19e siècle. On peut dire sans trop se tromper qu’il s’agit d’une association de mouth (bouche), synonyme d’insolence et d’impertinence, et de trousers (pantalon), bravade sexuelle teintée d’arrogance. C’est un excellent exemple de métonymie (où le contenant remplace le contenu).
Cette expression semble avoir gagné en popularité parmi les lettreux du sud de l’Angleterre à la fin du 20e siècle, peut-être à cause de la diffusion de comédies télévisées basées dans le Nord, comme Last of the Summer Wine. Ce qui est intéressant, du point de vue de son étymologie populaire, c’est que son opacité a poussé ses utilisateurs modernes à transformer cette expression en All mouth and no trousers.
Par exemple, en 2002, un article du Daily Record a cité une personnalité politique écossaise disant : « The First Minister is all mouth and no trousers » ; un article dans le journal People a décrit un groupe pop de la même manière ; en juin 2002, on a pu lire dans le Guardian : « Bloody men. All mouth and no trousers. » On en est arrivé au stade où la forme plus ancienne, sans la négation, est en véritable danger d’extinction, même si les Australiens et les Néo-Zélandais semblent y rester fidèles (quand ils l’utilisent, ce qui est rare).
Les journalistes de la métropole essaient de comprendre une formule obscure qu’ils n’ont pas souvent entendue dans son environnement d’origine, d’où la confusion qui s’ensuit. Ils la confondent avec d’autres réparties intégrant la forme négative, comme All talk and no action ou All fur coat and no knickers. Être sans pantalon n’est pas seulement gênant, semble suggérer cette expression, c’est aussi un état qui condamne à l’inaction (en dehors de la chambre).
Il est vraiment dommage que cette expression change à cause de notre ignorance. Elle est charmante et diablement efficace pour remettre quelqu’un à sa place, son effet étant encore renforcé par sa signification incertaine : il faut à tout prix la conserver.

Je n’ai qu’une petite remarque à ajouter à cette analyse : je ne pense pas que le passage à la forme négative implique une disparition de la métonymie. Pour moi, le trousers de la nouvelle version représente également l’organe sexuel et est utilisé de la même manière, pas pour suggérer que l’homme est gêné de ne pas porter de pantalon ou ne peut pas agir jambes nues, mais qu’il n’a pas le courage de passer à l’action. Ai-je tort ?
castle
Pour le plaisir, une photo du magnifique nord de l’Angleterre, prise sur Lindisfarne, Northumberland.

De | 2016-10-18T15:49:04+00:00 10 août 2009|Expressions idiomatiques|6 Comments

À propos de l'auteur:

Celine

Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

6 Réaction

  1. Michel août 11, 2009 à 1:31

    Coquille ? vous écrivez : “Ne ratez pas la mention de l’expression […], que James Ward m’a appris et que j’adore)”. Je lirais volontiers “apprise” 😉
    La nouvelle livrée de votre site ne manque pas d’allure : bravo !
    Est-ce mon écran qui me joue un tour : en haut dans la colonne de gauche, les liens vers les pages déborbent d’une ou 2 lettre la largeur de la demi-colonne, comme “INTERPRÈT” et “E” sur la ligne suivante ?

  2. céline août 11, 2009 à 1:52

    Je me doutais bien que quelqu’un allait me reprendre. Cela fait longtemps que je cherche partout, en vain, des précisions sur l’accord du participe passé en présence d’un COD et d’un COI avec avoir. Sans le COI (m’), je suis tout à fait d’accord, “appris” doit s’accorder avec le COD “que”, mais avec ce COI, je trouve que “que James Ward m’a apprise” sonne faux. C’est le cas avec toutes les structures de ce type, que j’évite soigneusement dans mes traductions pour être sûre de ne pas faire d’erreur. Tout éclaircissement à ce sujet est le bienvenu.
    Un grand merci de me signaler le problème d’affichage ; pouvez-vous me dire quel navigateur et quel système d’exploitation (y compris leurs versions) vous utilisez ?

  3. Michel août 11, 2009 à 3:50

    Mon navigateur est Mozilla/5.0 (Windows; U; Windows NT 5.1; fr; rv:1.9.0.13) Gecko/2009073022 Firefox/3.0.13, sous Windows XP (SP2)
    Je vois 2 demi-colonnes; à gauche: accueil (en noir) / traductrice / interprète / liens utiles ; à droite: blog (en orange)/ àpropos / clients / contacts.
    En ce qui concerne le participe passé avec l’auxiliaire avoir, il s’accorde en genre et en nombre avec l’objet direct ci celui-ci est placé avant le groupe verbal. Dans notre cas, l’objet direct est “que”, pronom qui renvoie à “expression”, nom féminin singulier, cqfd 😉

  4. céline août 11, 2009 à 3:57

    Merci ! Je change “apprise”, mais bon, je trouve toujours que ça sonne faux 🙂

  5. Audrey août 12, 2009 à 9:32

    Au sujet de l’accord du participe passé, il me semble que Michel a raison. Je dirai aussi :”l’expression que James Ward m’a apprise”. L’accord ici se fait à cause de la présence de “que” dont l’antécédent est “expression” et non parce que Céline est une fille (en effet, ‘m'” pronom objet indirect = pas d’accord avec avoir.)
    J’ai trouvé un exemple semblable dans l’annexe du Petit Robert”Accord du participe passé avec avoir” qui montre qu’en présence de deux compléments d’objet (un direct et un indirect) placés avant le participe passé, le complément d’objet remporte l’accord.
    ex: Les outils qu’il m’a prêtés.

  6. céline août 12, 2009 à 10:11

    Audrey, tu m’apportes la réponse que je recherche depuis, oh, des lustres. J’avais dans l’idée qu’en présence d’un COI et d’un COD avant le participe passé, l’accord ne se faisait pas, mais pas moyen de trouver de règle sur ce cas précis. Merci de me confirmer que j’avais tort.

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