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Pourquoi illustrer un billet sur l’expression “Bone of contention” (os de conflit) avec une photo de pommes, vous demandez-vous ? C’est ça, la traduction : on commence avec un os et on finit avec une pomme. Je vous explique.
J’ai dû traduire la phrase suivante :

A bone of contention in several case studies relates to the involvement of donors to policy development.


Un “bone of contention” est quelque chose qui crée un conflit, comme un os qu’on jette entre deux chiens déclenche automatiquement une grosse bagarre. Un équivalent de cette métaphore n’existant pas en français, j’aurais pu utiliser une modulation et traduire la substance de cette expression, par exemple :

Dans plusieurs études de cas, la participation des bailleurs de fonds au développement de politiques a divisé les opinions/causé des conflits/provoqué des tensions, etc….

Le fonds est conservé, mais la perte stylistique est regrettable. C’est pourquoi j’ai choisi une modulation métaphorique, qui offrait en plus l’avantage d’un parallélisme prosodique et grammatical assez sympa et qui convenait parfaitement à ce contexte : pomme de discorde.

Dans plusieurs études de cas, la participation des bailleurs de fonds au développement de politiques a été une pomme de discorde.

Cette expression vient de la mythologie grecque : Eris, la méchante déesse de la discorde, fut fort fâchée lorsqu’elle vit qu’elle n’était pas invitée à un mariage très important auquel assistaient tous les autres dieux et déesses. Elle décida donc de se rendre au banquet et de jeter parmi les convives une pomme d’or portant la mention « À la plus belle ». Bien entendu, toutes les déesses pensaient la mériter et le prince Paris se vit confier la tâche de choisir l’heureuse élue. Il opta pour Aphrodite, car elle lui avait promis qu’il épouserait la plus belle femme du monde, Hélène, la femme du roi Ménélas. Paris s’en fut donc l’enlever, déclenchant la guerre de Troie (et des discordes en pagaille).

De | 2016-10-18T15:49:04+00:00 28 août 2009|Expressions idiomatiques, Le coin technique|6 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

6 Réaction

  1. Gustave septembre 2, 2009 à 7:12

    C’est continuellement qu’on retrouve de tels problèmes: en allemand on ne va pas de Paris à Strasbourg en passant par Nancy, on va de Paris, en passant par Nancy, à Strasbourg. J’ai dû corriger une phrase de ce genre dans le travail d’un traducteur, pourtant fort compétent. Et alors qu’on dira facilement «Hier comme demain» (in der Vergangenheit wie auch in der Zukunft), c’est à peine si on entend «Demain comme hier» (in der Zukunft wie auch in der Vergangenheit), alors que dans notre langue on emploie l’une ou l’autre expression suivant le cas. Encore un coup où les traducteurs automatiques auront bien du mal.

  2. Gustave septembre 2, 2009 à 9:37

    Je reviens sur l’exemple que vous avez donné. En fait les traducteurs automatiques se tirent assez bien de l’expression elle-même, le reste étant fort mal dit voire catastrophique. Ce que je me demande, c’est si les (relativement) jeunes, qui ont fait leurs études après Edgar Faure, comprennent bien l’expression « pomme de discorde » ; aucun de ceux à qui j’ai parlé ne connaissait son origine mythologique et ils se contentaient de voir vaguement qu’il s’agissait de discorde. Honnêtement, je ne sais pas ce que je dirais en pareil cas, peut-être « sujet de dispute » ou « sujet de discussion ».

  3. céline septembre 2, 2009 à 9:45

    Vous n’aimez pas les solutions que je propose ? 🙁

  4. Gustave septembre 2, 2009 à 4:16

    Ce que je veux dire, c’est que vos autres solutions (a divisé les opinions/causé des conflits/provoqué des tensions) vous paraissent moins élégantes mais, sauf si je voulais être très littéraire, c’est elles que j’emploierais pourtant dans une traduction professionnelle, où l’essentiel est d’être compris. Je suis peut-être vieux et grognon, mais j’ai renoncé depuis longtemps à compter sur la culture des lecteurs et je crains bien que la pomme de discorde passe au-dessus de leur tête.

  5. céline septembre 2, 2009 à 4:20

    C’est un point intéressant, ça. Faut-il supposer que les lecteurs sont ignares ou cultivés ? Dans ce cas, “discorde” donnant un indice sur la signification de l’expression, on peut espérer que tout le monde comprendra, peu importe le niveau d’éducation.

  6. Gustave septembre 2, 2009 à 7:33

    Croiriez-vous que j’ai eu un jour la curiosité de lire la traduction en allemand des «Tilleuls de Lautenbach» de Jean Egen, des souvenirs d’enfance délicieux où l’auteur a réussi (dans la première partie au moins) à égaler Pagnol et (reprenant l’exploit de Daudet) à parler alsacien en français? Je me demandais comment le traducteur s’en était tiré avec des expressions comme «sans parler du soupçon d’héliotrope dont elle a parfumé sa contrition» ou encore «Il toise les pandores impériaux»; eh bien la première est devenue platement «sans parler de la légère odeur de parfum» et la seconde est purement et simplement passée à la trappe. Que pensez-vous qu’il arriva? L’édition française a eu un succès honorable mais sans plus, l’édition allemande est passée en livre de poche avec un tirage plus important. Peut-être était-ce parce qu’elle était plus proche du lecteur moyen qui préférait qu’on n’employât pas d’expressions trop savantes.
    Un professeur de faculté pourra, si cela lui chante, sabrer de rouge la traduction, on sera en droit de lui répliquer que le traducteur au contraire a su ce qu’il fallait éliminer et ce qu’il fallait garder. Quoi qu’il en soit ce traducteur a dû avoir de belles rentrées d’argent et j’aurais bien aimé être à sa place. Mais je m’aperçois que j’ai été bien long, votre pomme de discorde m’a transformé en moulin à paroles.

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