danaids
J’étais en train d’écouter mon podcast quotidien d’On refait le monde quand l’un des intervenants a fait référence au tonneau des Danaïdes. Voici ce qu’il a dit :

Une taxe, c’est quelque chose qu’on nous prend et qu’on nous rend pas, qui tombe dans le tonneau des Danaïdes.

J’ai trouvé plusieurs versions du mythe des Danaïdes, mais voici un résumé de ce qu’en dit mon exemplaire de « La mythologie » d’Edith Hamilton. Danaos avait 50 filles (les Danaïdes) et un frère jumeau, Aegyptos, qui, par pure coïncidence, avait 50 fils et pensait qu’il serait bon de marier tous ces cousins et cousines, mais Danaos et ses filles refusèrent. Ils durent finir par accepter, mais Danaos ordonna aux Danaïdes de tuer leurs maris, ce qu’elles firent toutes (sauf une). En guise de punition, les Danaïdes furent condamnées à passer l’éternité à remplir un tonneau percé.
Dans mon podcast, l’intervenant comparait les revenus fiscaux à un tonneau percé. Comment traduire cette idée en anglais ? Par « bottomless pit » ? Cette référence biblique à l’abysse, lieu de détention des démons, reflète l’appel au mythe, mais ses connotations morales ne collent pas tout à fait. Qu’en pensez-vous ?

De | 2016-04-08T13:40:51+00:00 8 septembre 2009|Expressions idiomatiques|6 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

6 Réaction

  1. Gustave septembre 12, 2009 à 5:43

    J’avoue que pour ma part c’est une question que je ne me suis jamais posée puisque j’ai toujours traduit vers le français, mais effectivement vous soulevez un problème important en montrant que la mythologie n’est pas forcément une «langue internationale». J’apprends ainsi grâce à vous que l’expression «tonneau des Danaïdes», si commune en français, serait incomprise de l’autre côté de la Manche; en allemand il me semble (mais je n’en jurerais pas) l’avoir plutôt vue au sens de «rocher de Sisyphe», c’est-à-dire qu’on s’attache à l’idée d’un travail qui n’en finit pas et non d’un trou impossible à boucher.
    Au reste, grâce à Edgar Faure et à nos professeurs soixante-huitards (opinion personnelle, j’y consens), c’est toute la mythologie qui est aujourd’hui bien moins connue que de mon temps. Si je demande à Google “tonneau des Danaïdes” je trouve effectivement en premier lieu une série de pages où l’on déclame en général contre la Sécurité Sociale, mais que je demande “supplice de Tantale” et je trouve d’abord des sites où l’on explique le sens de l’expression, preuve qu’elle n’est plus aussi connue aujourd’hui qu’autrefois. Il en va de même pour “tantalize” en anglais.
    Je vous ai un peu choquée dans la discussion sur «Bone of contention» en préférant la traduction la moins compliquée étant donné le niveau intellectuel du lecteur moyen, mais je reste sur ma position. J’ai vu un jour un texte où l’on disait en allemand: «Notre entreprise a été fondée à la fin du XIXème siècle à Hombourg dans la Sarre…» Dans la Sarre? Mais le Saarland n’existait pas encore à cette époque et la ville était bavaroise, seulement il semble que même les gens du cru ne le savent plus; j’ai proposé: «à Hombourg, aujourd’hui dans la Sarre», le jeune traducteur que je relisais (et à qui j’ai appris ce point d’histoire) m’a répondu que «Hombourg dans la Sarre» ne heurterait personne… et le pire c’est qu’il avait sans doute raison. Vouloir combler le gouffre d’inculture où nous sommes, c’est essayer de remplir… le tonneau des Danaïdes.

  2. céline septembre 12, 2009 à 10:08

    D’accord, mais en cherchant à tout mettre à la portée du lecteur moyen, ne sommes-nous pas complices et facilitateurs de cet appauvrissement de la langue, que je déplore ? Je préfère laisser à la lectrice ne connaissant pas telle ou telle expression la responsabilité de mener ses propres recherches pour trouver réponse à ses interrogations. Sinon, on risque de se retrouver avec une langue bien terne, manquant totalement de nuances et d’originalité, un outil émoussé qui finira par ne plus nous permettre d’exprimer la richesse de l’expérience humaine. Bon week-end!

  3. Benoît septembre 18, 2009 à 8:08

    Un ami pasteur m’a dit un jour qu’il construisait sa prédication pour qu’elle atteingne l’auditeur le plus faible… Son but est en effet que le message touche tout le monde. Je crois qu’en tant que traducteur c’est une question que je ne me pose pas. Je laisse ce soin à l’auteur du texte s’il le souhaite. Tout n’est pas destiné au lecteur moyen. Je partage l’avis de Gustave sur l’appauvrissement d’un idiome si on tombe dans le travers de la facilité. Je ne suis pas non plus favorable à la complication à outrance, mais plutôt pour la bonne mesure. Merci encore à Céline pour ses billets intéressants et générateurs de débats!

  4. Laura septembre 30, 2009 à 7:42

    Je fais (probablement) partie des gens de culture moyenne. Mais curieuse de nature, j’éprouve le besoin de connaitre le sens des mots ou expressions. Ayant entendu parler du tonneau des danaïdes, j’ai atterris sur cette page. l’explication simple et brève de céline me convient et comble ma lacune. Donc merci

  5. Chris décembre 28, 2009 à 4:42

    Je suis traductrice moi-même et je suis tombée sur ce site à la recherche d’une description du “tonneau des danaïdes”. Merci beaucoup, votre article m’a bien aidée !

  6. THOMAS janvier 6, 2010 à 1:19

    D’accord avec Benoît et Laura : il faut utiliser le vocabulaire transmis par nos prédecesseurs.
    Lors d’un repas de famille récent, j’ai utilisé le mot “dessillé” en parlant d’une jeune fille légèrement en retrait des choses de la vie. Curieusement les convives trentenaires, bardés de diplômes pour la plupart, ne connaissaient pas ce mot ! Tout comme lorsque j’ai menacé en riant “d’essoriller” un adolescent un peu trop bruyant…
    Là aussi, un silence interrogateur !
    Au final, c’est moi qui me suis senti légèrement pédant, alors que ces mots étaient sortis naturellement.
    Où va-t-on ?

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