Fanlation (fan + version abrégée de translation) est un terme que j’ai découvert tout récemment et je suis encore tombée dessus en lisant la dernière lettre d’information Tool Kit de Jost Zetzsche :

Je venais de proposer un nouveau mot pour le genre d’approvisionnement par la foule mis en œuvre par des sites comme Twitter et Facebook, qui s’appuient sur des hordes de mordus de leurs produits pour les traduire : fanlation.


collaboration
Quand j’ai écrit mon billet sur le crowdsourcing, c’est exactement le processus que j’avais en tête, mais en fait, ce n’est pas forcément ainsi que l’approvisionnement par la foule fonctionne. Le processus que je décris dans mon billet est parfaitement décrit par le mot fanlation, mais en octobre, je ne le connaissais pas. Ces nouveaux concepts de traduction étant en constante évolution, avec le langage à leurs trousses, j’ai pensé qu’il serait utile de faire un petit topo à l’aide d’un mini glossaire des termes pertinents tels que je les entends.
Fanlation
Traduction de produits effectuée par des utilisateurs enthousiastes et prêts à y consacrer leur temps libre.
Crowdsourcing (ou approvisionnement par la foule)
Crowdsourcing est un néologisme composé du mot crowd et de la version abrégée d’outsourcing. Calqué sur l’outsourcing, qui consiste à faire réaliser en sous-traitance, donc externaliser des tâches qui ne sont pas du métier fondamental de l’entreprise, le crowdsourcing consiste à utiliser la créativité, l’intelligence et le savoir-faire d’un grand nombre d’internautes, et ce, au moindre coût.
Mot créé par Jeff Howe, collaborateur au magazine Wired, en 2006. Définition tirée de Wikipedia.
Traduction collaborative
Approche émergente où les entreprises exploitent certains éléments de l’approvisionnement par la foule dans un cadre bien défini pour réaliser très rapidement d’importants projets.
Définition tirée du site Common Sense Advisory.
CT3
Le CT3 associe la communauté, le crowdsourcing et la collaboration pour parvenir à des traductions rapides, de bonne qualité et répondant aux attentes des utilisateurs. Il peut faire intervenir ou non des traducteurs professionnels.
Créé par le Global Watchtower.
La fanlation (à moi de faire mon propre appel à contributions : impossible de trouver une traduction française satisfaisante, à vous de jouer !) aura-t-elle un impact sur mon travail ? L’une des critiques de la fanlation est que la qualité de la traduction a de grandes chances d’être inférieure à celle qu’on aurait obtenue si le travail avait été confié à des traducteurs professionnels, mais de nos jours, certains marchés répondent avant tout à des impératifs de vitesse et d’utilisabilité, pas de qualité. Une traduction « passable », rapide et bon marché suffira à satisfaire certains clients. Personnellement, je ne pense pas que la fanlation menace mon activité, car le gros de mon travail allie compétences rédactionnelles et connaissances spécialisées. J’ai du mal à imaginer qu’un donneur d’ordres puisse trouver assez de personnes disposant du temps libre, de la passion, des compétences langagières et des connaissances approfondies nécessaires pour créer une communauté capable de prendre en charge le genre de traduction que je fais.
Quant aux processus de traduction collaborative/par la foule, je pense que, tant qu’ils sont correctement gérés et sélectionnent des internautes armés des compétences nécessaires, ils auront un impact très positif en mettant davantage d’informations à la disposition d’un public plus vaste. Toute amélioration de la communication sur le plan mondial ne peut être que bénéfique. En ouvrant de nouveaux marchés, l’augmentation des documents traduits par les processus collaboratifs pourrait même offrir de nouvelles opportunités aux traducteurs professionnels : il est possible que les entreprises se sentent de plus en plus obligées de communiquer avec leurs clients potentiels dans leurs langues. J’aimerais aussi participer à un projet de traduction par la foule, pour entrer dans le ventre de la bête. De nouveaux outils de traduction basés sur l’Internet faisant régulièrement leur apparition, travailler dans le contexte d’une équipe multinationale est une perspective alléchante. Peut-être aurais-je dû l’ajouter à ma liste d’objectifs pour 2010 !

De | 2016-10-18T15:48:57+00:00 20 janvier 2010|La traduction freelance, Mots|6 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

6 Réaction

  1. Raphael janvier 20, 2010 à 10:10

    “fanlation” existe depuis bien longtemps dans le monde des logiciels gratuits (freeware) et aussi pour certains projets “open source”. Les utilisateurs propose de traduire gratuitement dans leur langue natale la version anglaise (en général).
    Comme tu le dis, bien souvent la qualité laisse à désirer !

  2. céline janvier 20, 2010 à 10:15

    Tu as raison, il semble que ce terme existe depuis longtemps dans des cercles assez fermés. Il semble que son utilisation soit vouée à se généraliser au fur et à mesure que cette pratique gagne en popularité.

  3. Florent V. janvier 20, 2010 à 10:26

    Google me retrouve des traces de “fanlation” à partir de début 2004. On parlait déjà de scanlation et de fansubs à l’époque.
    Je trouve d’ailleurs la définition donnée inexacte car nombre de “fanlations” sont faites par des petits groupes, voire par une seule personne. Voir Kotonoha pour un exemple.
    Parler de crowdsourcing pour la démarche de certaines entreprises, ou de traduction collaborative pour les projets open-source, me parait plus intéressant que le terme “fanlation” trop imprécis.

  4. Une_apprentie_traductrice janvier 27, 2010 à 8:18

    Je passe sur ce blog de temps en temps et…
    Fanlation = groupiduction ?
    (groupie + traduction)

  5. Gustave G. février 1, 2010 à 8:23

    Je suis vieux et souvent dépassé par les évolutions actuelles, mais j’avoue que je n’en reviens pas de constater que certaines entreprises à but lucratif cherchent des volontaires pour travailler gratuitement ou presque… et qu’elles trouvent du monde. À mon âge j’aime bien traduire pour Wikipédia, cela fait fonctionner mon cerveau, mais justement parce que c’est une initiative bénévole où chacun rend service aux autres; mais contribuer à payer les parachutes dorés des escrocs qui nous gouvernent, voilà quelque chose à quoi je ne me ferai jamais. Le monde moderne m’échappe totalement.

  6. Gertrude G. février 7, 2010 à 8:36

    Le plus nébuleux exemple de crowdsourcing est celui de reCaptcha qui demande à l’internaute de réécrire l’image d’une phrase, avant de publier un commentaire ou tout autre contenu. Or, cette firme appartient à Google et permet ainsi, par contribution gratuite, d’identifier des mots tirés de livres scannés, mais trop altérés à lire par les robots Google. Des livres ainsi numérisés sous couvert d’une “bonne” cause (numériser la culture), mais des livres qui, j’imagine, ne nous seront pas donner à lire gratuitement…

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