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Il faisait référence au passage suivant :

Gluteus maximus weakness causes poor biomechanics and can contribute to knee injuries. In other words: If your ass is weak, you’ll pay with your knees.

Une traduction littérale d’ass, qui aurait pu être « cul », par exemple, ne me plaisait pas du tout. Je précise que ce n’est pas parce que je trouve ce mot choquant, mais parce qu’il est légèrement plus vulgaire qu’ass, qui, selon moi, se situe sur la limite entre le familier et le grossier, ce qui ne convenait pas dans le contexte du magazine dans son ensemble. Cela fait quatre ans que je travaille sur de tels articles, et une traduction littérale me paraissait déplacée ; parfois, une traductrice doit se fier à son instinct. J’ai donc rejeté « cul », mais je tenais à converser le ton « bavardage entre potes dans les vestiaires » qu’ass véhiculait avec tant d’efficacité.
Heureusement, il existe un procédé de traduction appelé « compensation ». Il permet à la traductrice acculée de transférer une difficulté stylistique dans une autre section du texte. J’ai donc élevé le registre de langue et j’ai étoffé ma traduction d’ass (« muscles du postérieur »). Cette traduction est beaucoup plus technique, ce qui ne pose pas de problème, car l’article s’adresse à des fous de fitness et contient des informations très détaillées. En revanche, elle perd toute sa saveur argotique, que je tenais à conserver. J’ai donc choisi de la transférer en fin de phrase. J’ai traduit you’ll pay with your kness par « ce sont vos genoux qui trinquent », espérant ainsi conserver le ton familier et badin de l’original. Voici donc ma traduction :

Une faiblesse au niveau du grand fessier peut causer des problèmes biomécaniques et contribuer aux blessures du genou. Autrement dit, quand les muscles du postérieur sont faibles, ce sont les genoux qui trinquent.

De | 2016-04-08T13:56:05+00:00 6 décembre 2010|Le coin technique|5 Comments

À propos de l'auteur:

Celine

Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

5 Réaction

  1. Laurent décembre 6, 2010 à 1:27

    Pour avoir l’habitude de traduire des articles de sports au ton très friendly, sans aller jusqu’à mettre une traduction littérale, j’aurais laissé “fesses” tout simplement, à mi chemin entre derrière et cul (si l’on peut dire). “Si vous avez les fesses molles, ce sont les genoux qui trinquent”
    Mais on le sait, il y a autant de traductions possibles que de traducteurs!

  2. céline décembre 6, 2010 à 1:32

    C’est vrai, mais j’aime la tienne !

  3. jean-paul décembre 7, 2010 à 7:20

    Cela me fait penser à ce que dit Rabelais dans Pantagruel [chapitre “Des meurs & conditions de Panurge”] « Il n’y a qu’une antistrophe entre femme folle à la messe et femme molle à la fesse »
    Essayons donc: “À fesses molles, genoux qui flageolent!”
    Dans le ton assez vulgaire, on oserait: “Si cul mou, bonjour les genoux!”
    Sur le ton informatif: “En clair, musclez vos fesses pour protéger vos genoux” ou, comme slogan: “Fesses musclées, genoux d’acier.”

  4. Le vieux Gustave décembre 25, 2010 à 3:46

    La traduction de termes un peu crus (voire beaucoup) pose toujours problème aux gens de mon âge qui rendraient volontiers «cunt» par «muliebra» et «cock» par «virilia». Je ne suis jamais tombé sur le problème de «ass» en anglais, mais je me rappelle avoir été assez surpris en trouvant, dans une publicité allemande pour un pantalon, qu’on promettait aux clientes un «knackiger Po». Ce mot «Po», équivalent de «ass», ne figurait même pas sur mon dictionnaire Larousse allemand-français vieux d’une vingtaine d’années. Une jeune Française accepterait-elle qu’on lui promît des fesses à croquer ou serait-elle choquée? C’est là que je me rends compte que seule une femme est capable de le dire. Ma femme me propose l’idée de «galber les fesses», qui me semble d’autant plus «coller au sujet» qu’on promet un effet «push-up». Mais sur cette question un vieux monsieur aura du mal à répondre et je préfère m’en remettre à ce qu’en pense la plus belle moitié de l’humanité.

  5. Vieux croco février 1, 2011 à 6:09

    Si le popotin n’est pas à la hauteur, ce sont les genoux qui trinquent.

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