Peace craneLes anglophones font-ils preuve de plus de créativité dans leur utilisation de la langue ? Je n’en suis pas sûre, mais certains des termes anglais qui sont créés pour désigner des concepts et idées novateurs sont tout simplement parfaits. Astroturfing en est un excellent exemple, même s’il est loin d’être nouveau, vu qu’il remonte à 1985 : il fait référence au terme grassroots, qui désigne un mouvement de la base, et vient d’AstroTurf, la marque de pelouse synthétique utilisée sur les terrains de sport. Sa signification est donc limpide : il s’agit d’un « faux mouvement citoyen » conçu pour donner l’impression qu’il est spontané et vient de la base. Ses membres sont présents dans les médias et sur l’internet, où ils « partagent » leurs expériences afin de générer un buzz autour d’un produit ou d’une idée.
L’astroturfing soulève de nombreux problèmes, mais je ne vais pas les détailler, car ils ont déjà fait l’objet de nombreux articles. En tant que traductrice française et passionnée de la langue, ce qui m’intéresse, c’est le nom pris par ce concept dans ma langue maternelle. En effet, il est récemment revenu sur le devant de la scène avec la montée en puissance des médias sociaux, terrain particulièrement fertile pour ce genre d’activité. L’équivalent français de grassroots n’étant pas un terme figuré (parmi les traductions utilisées, on trouve « mouvement citoyen » « populaire » ou « communautaire »), il est difficile de jouer sur les mots en utilisant son « faux » équivalent (comme astroturf). Si la traductrice ne veut pas emprunter astroturfing et espérer que le lectorat saura de quoi il s’agit, elle peut utiliser une description, comme « stratégie de manipulation basée sur un mouvement citoyen d’apparence spontané, mais en réalité orchestré dans un but précis », mais c’est une solution un brin longuette.
Pour revenir à ma question du premier paragraphe, il existe un néologisme français que j’adore, parce qu’il est non seulement romantique, mais aussi incroyablement pratique pendant mon travail : il s’agit d’« internaute », qui, comme « astronaute » et « cosmonaute », renvoie à une personne voyageant dans un espace déterminé, dans ce cas sur l’internet. Web user est beaucoup plus prosaïque, vous en conviendrez.
Photo d’herbe synthétique de JPDaigle

De | 2016-10-18T15:48:42+00:00 1 septembre 2011|Mots|9 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

9 Réaction

  1. Sabine septembre 1, 2011 à 2:47

    Merci pour ce terme que je ne connaissais pas !
    Parmi les néologismes, il y a aussi le greenwashing, mélange de green et de brainwashing, soit des arguments qui voudraient nous faire croire qu’un produit est écologique alors qu’il ne l’est pas (jeter de la poudre verte aux yeux, en somme). Pour l’astroturfing, peut-être pourrait-on jouer avec le mot “terroir” et ses déclinaisons…

  2. céline septembre 1, 2011 à 2:58

    Je suis tombé sur “greenwashing”, que je ne connaissais pas, en écrivant ce billet.
    À mon avis, “terroir” est trop lié aux produits alimentaires pour pouvoir l’utiliser ici… j’avais pensé à “mouvement fopulaire” ou “mouvement fomnunautaire”. Ou à un mix de “manipulation” et “réputation” = la maniputation. Ok, Ok, c’est nul, je sais.

  3. Léna septembre 2, 2011 à 9:14

    Casse-tête en effet. On arriverait peut-être à une périphrase pas trop longue en utilisant “pseudo” (mouvement pseudo spontané), mais on est loin de l’inventivité de l’anglais.

  4. franciszek septembre 2, 2011 à 10:51

    En lisant votre article, j’avais pensé à faux-pulaire que j’allais m’empresser de proposer plein de fièreté; mais comme je vois que vous y avez déja pensé…

  5. Paul septembre 7, 2011 à 3:30

    Pour info : greenwashing est déjà présent depuis un certain temps dans le vocabulaire anglais (c’est donc un néologisme déjà ancien en quelque sorte) ; en français, on trouve fréquemment comme équivalent proposé et utilisé le mot ‘verdissage’, mot qui dans le vocabulaire technique de certaines spécialités signifie ‘donner une couleur verte’. Pour voir des exemples, googlez ‘greenwashing’ et ‘verdissage’.

  6. Katherine septembre 8, 2011 à 2:18

    Disclaimer: I don’t speak French, so I may be saying something completely unnecessary, but I hope not!
    I just stumbled upon this post on my way to the English blog, and wanted to point out for the record that ‘greenwashing’ is a combination of ‘green’ and ‘whitewashing’, not ‘brainwashing’. ‘Whitewashing’ is used figuratively to mean covering up unethical behaviour, etc. and ‘greenwashing’ refers to the same thing, but in regard to environmental issues.

  7. céline septembre 8, 2011 à 7:49

    Merci de t’être arrêtée en route Katherine, moi aussi je pensais que “greenwashing” venait de “brainwashing” !

  8. astrid septembre 26, 2011 à 2:42

    C’est vrai que c’est poétique, “internaute”. Cela me fait toujours penser aux Argonautes.

  9. Paul août 19, 2012 à 1:44

    Bonjour à tous,
    Je reviens sur mon commentaire précédent concernant le fameux ‘greenwashing’. Outre ‘verdissage’, qui me convient très bien, j’ai repéré un autre équivalent français qui convient lui aussi particulièrement bien dans certains contextes d’emploi (contextes de dénonciation ou ‘engagés’) : ‘ripolinage vert’. On en trouve plusieurs attestations d’emploi dans la presse (orale et écrite). L’emploi de ripoliner/ripolinage (antonomase de Ripolin) au sens d’opérer une rénovation qui se résume à une opération de communication, ‘vernis, poudre-aux-yeux, cosmétique’, ravalement de façade)est attesté dès les années 1990. Quelques exemples récents : ‘Nicolas Sarkozy à la télé, ou l’art du ripolinage médiatique’ ou ‘Certains n’y répondent qu’avec un ripolinage vert. Qu’on l’appelle “Grenelle de l’environnement” où “développement durable”, cela ne fait illusion qu’un temps.’

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