poticheLe week-end dernier, je suis allée voir Potiche. Dès le titre, j’ai eu une pensée émue pour la personne chargée des sous-titres. En effet, dans son sens imagé, le mot « potiche » n’a pas d’équivalent en anglais.
Que faire en l’absence d’un mot capturant ce concept de personne, femme ou homme, à la fonction purement décorative et ne détenant aucun pouvoir ? Sur l’affiche du film, il a été traduit par trophy wife, expression qui décrit une femme belle et jeune qu’un homme souvent plus vieux parade pour démontrer son pouvoir et sa richesse et qui, comble de l’ironie, n’a pas vraiment d’équivalent en français. On trouve bien « femme trophée » sur l’Internet, mais cette expression est trop proche de l’anglais pour ne pas être un calque, et je ne pense pas qu’elle soit couramment utilisée. Entre parenthèses, je pense que ce problème de traduction est reflété par le fait que les sous-titres utilisent trophy housewife. Peut-on y voir un choix visant à mieux capturer l’essence du personage de la femme au foyer délaissée ? D’ailleurs, le trophy wife de l’affiche ne cadre pas vraiment avec la photo d’une femme entre deux âges portant un survêtement.
Revenons à nos moutons : dans une telle situation, trophy housewife n’est pas la pire des solutions. Elle a le défaut d’ajouter une idée d’apparat et de prestige qui vient presque contredire le sens de « potiche », mais on retrouve bien le concept de femme sans réel pouvoir. J’ai particulièrement apprécié la traduction de la réplique suivante, prononcée par le mari alors qu’il assiste à victoire de son épouse aux élections locales :

C’est peut-être une potiche, mais c’est pas une cruche.

She might be a trophy, but she’s not on the shelf.

= C’est peut-être un trophée, mais elle n’est pas sur l’étagère*
(to be on the shelf, qui signifie littéralement « être sur l’étagère », désigne quelqu’un qui est mis de côté, qui tombe dans l’oubli)

Pas mal, non ?
*Traduction littérale

De | 2016-10-18T15:48:44+00:00 20 juin 2011|Expressions idiomatiques|10 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

10 Réaction

  1. Ma voisine millionnaire juin 20, 2011 à 10:38

    C’est amusant parce que quand je regarde un film en anglais ou en allemand, je me demande ce que j’aurais fait si je l’avais traduit, mais je n’avais jamais pensé à le faire dans le sens inverse. Bravo au traducteur pour cette réplique!

  2. clotilde juin 20, 2011 à 4:51

    Effectivement, c’est très habile, le traducteur (ou la traductrice) devait être fier de lui (ou d’elle) !
    Et moi aussi, même si je ne suis pas traductrice, je ne peux pas m’empêcher de décortiquer les sous-titres quand je regarde un film en anglais sous-titré en français. (Je suis rarement dans la situation inverse !)
    C’est d’ailleurs pour ça que je préfère les voir sans sous-titres — ou alors avec les sous-titres en anglais pour les films ou les séries pleines d’argot ou d’accents difficiles à comprendre.

  3. céline juin 20, 2011 à 5:03

    Impossible de m’empêcher de lire les sous-titres. J’ai fait pas mal de sous-titrage au début de ma carrière, et c’était fascinant : j’adorais relever le défi qui consistait à condenser un maximum d’informations dans un minimum de mots. J’espère bien m’y remettre un jour, mais je sais à quel point c’est un travail difficile ; c’est pour cela que j’évite les critiques faciles et que je préfère essayer de comprendre les choix de mes collègues.

  4. clotilde juin 20, 2011 à 5:17

    Tu as tout à fait raison. J’ai fait quelques sous-titrages bénévoles pour des vidéos TED “pour m’amuser”, et j’ai pu me rendre compte à quel point c’est un exercice difficile. Surtout vers le français, il me semble, parce que ce n’est pas une langue particulièrement concise.
    En fait, souvent, je suis plutôt frustrée en pensant aux subtilités (et souvent aux traits d’esprit ou aux références culturelles) que les spectateurs manquent s’ils ne s’appuient que sur les sous-titres.
    Evidemment, quand je regarde un film en japonais ou en espagnol, c’est exactement pareil, mais c’est juste que je ne m’en rends pas compte… 🙂

  5. jean-paul juin 21, 2011 à 9:40

    Potiche / cruche : bonne trouvaille sur le plan sémantique au sens propre/premier (récipient/vase). Au sens figuré, « cruche » évoque la sottise/le manque de finesse/ la lourdeur (synonyme « dinde »).
    Si l’on reste dans le sens figuré de « potiche » [Personne considérée comme n’ayant qu’une fonction honorifique ou décorative, sans efficacité ni pouvoir réel], on pourrait avoir :
    “She might be a trophy, but she’s not on the shelf.”
    “Pour une potiche, elle ne fait pas que de la figuration !!”
    Ou encore :
    “Pour une potiche, elle est loin d’être empotée ! ”
    Intéressant grammaticalement, ce « might » ayant ici une valeur «
    concessive » et aucune valeur de probabilité.
    Intéressant aussi que le mari n’ait pas dit « she MAY be a trophy » (et
    encore moins « She may well be a trophy ») mais « she might be a trophy
    », ce qui atténue sa perception de la potichité * de son épouse.
    * ce terme est utilisé

  6. céline juin 21, 2011 à 10:43

    Attention, je ne suis pas certaine de me rappeler la réplique exacte en anglais, mais le “might” me semble plus indiqué, car il indique une transformation de l’image de la potiche dans l’esprit du mari.
    J’aime beaucoup “potichité” et “Pour une potiche, elle est loin d’être empotée !” 🙂

  7. jean-paul juin 21, 2011 à 12:03

    Apologies : le film étant en français (j’avais compris l’inverse, suis-je cruche ! Avec des acteurs français, comment pouvait-il en être autrement ??), mon commentaire est hors de propos.
    Not just a trophy, more like a triumph !
    She may be a trophy but she’s not in a trough !

  8. Les piles intermédiaires juin 24, 2011 à 3:37

    Pas mal trouvé ! Il y avait le nom du collègue à la fin du film ?

  9. Les piles intermédiaires juin 29, 2011 à 12:28

    Je me réponds à moi-même, la traductrice était en fait interviewée il y a quelque temps dans le S.F. Chronicle. 🙂
    http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?f=%2Fc%2Fa%2F2011%2F04%2F04%2FDDBV1IIBEK.DTL

  10. céline juin 29, 2011 à 2:53

    Pardon pour mon silence, c’est pas sympa. Un grand merci à toi pour cette trouvaille – je suis étonnée qu’elle soit anglophone, mais cela explique quelques petites (minuscules) imprécisions que j’ai repérées en regardant le film, sans avoir le temps de les noter.

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