duplicate treesJe pense connaître l’origine de ma passion pour la traduction, qui vient de l’étude d’un texte en français et de sa traduction en anglais. Malheureusement, j’ai oublié le titre du roman d’où était extrait le passage en question, et la formulation exacte, mais je sais qu’il s’agissait d’une conversation où l’un des personnages passait du vouvoiement au tutoiement pendant une conversation avec un jeune homme ayant besoin de réconfort. Comme il n’existe pas d’équivalent lexical du vouvoiement et au tutoiement en anglais, la traductrice avait choisi d’utiliser une technique appelée compensation, où un passage impossible à traduire dans une partie du texte est rendu ailleurs, d’une manière différente.
Le passage ressemblait à ce qui suit :

« Mais êtes-vous certain de vouloir nous quitter ? »
« J’ai bien peur de ne pas avoir le choix. »
« Tu vas me manquer. »

Le passage du vouvoiement au tutoiement trahissait un glissement du formel vers l’intime. La traduction en anglais était la suivante :

« But are you sure you want to leave us? »
« I’m afraid I have no choice. »
« I’m going to miss you, » she said, taking his hand in hers.

L’intimité accrue, exprimée de manière lexicale dans le texte d’origine, s’est donc traduite par un geste tendre en anglais. Je me rappelle avoir été épatée par un procédé aussi intelligent.
Hier soir, j’ai vu Monsieur Lazhar, un film canadien (en français) que je vous recommande chaudement, et qui contenait un autre excellent exemple de traduction du vouvoiement et du tutoiement. J’ai dû à plusieurs reprises me référer aux sous-titres pour élucider quelques québecoiseries, et c’est ainsi que j’ai repéré une traduction particulièrement futée, au moment où M. Lazhar arrive chez une collègue pour dîner, et qu’il lui dit (il ne s’agit pas des répliques exactes ; ma mémoire n’est plus ce qu’elle était) :

« Bonsoir Marie, c’est très gentil à vous de m’avoir invité. »

Ce à quoi Marie répond :

« Je t’en prie, on se tutoie. »

Ce qui donne en anglais :

« Good evening Ms. Dupont, and thank you for inviting me. »
« Please, call me Marie. »

Pas mal, non ?

De | 2016-10-18T15:48:36+00:00 10 mai 2012|Le coin technique|8 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

8 Réaction

  1. Sabine mai 10, 2012 à 3:30

    Effectivement, les deux exemples donnés sont charmants ! Merci d’avoir écrit à ce sujet.

  2. Sophie mai 15, 2012 à 10:34

    Québécoiseries? Ce mot me laisse un drôle de goût…

  3. céline mai 16, 2012 à 7:44

    Sophie, c’est avec la plus grande affection que je l’utilise, comme Michael Penn dans son article “Les délices des expressions québécoises… j’adore !” sur http://www.michael-penn.com/blog/quebecoiseries.html

  4. stephanie mai 16, 2012 à 1:29

    Bonjour à tous,
    Bravo, très bonne tournure!
    En effet, traduire quelque chose qui n’existe pas dans une autre langue n’est pas une mince affaire!
    Nous avons aussi un blog sur la traduction et récemment nous avons du traduire des expressions suédoises en anglais, puis en français. Je me suis occupée de la traduction française et j’ai du me référencer à plusieurs reprises sur un site culturel franco-suédois. Un petit texte qui m’a pris énormément de temps! Pour tous les amoureux de la suède, vous pouvez consulter les expressions ici: http://www.copypanthers.com/fr/bienvenue-au-pays-des-airelles-rouges-la-suede
    Un grand merci à Céline pour ce blog fantastique et pleins d’astuces!

  5. Sandrine mai 21, 2012 à 9:50

    Haha j’adore cet article, parfois je me demande si j’aime réellement étudier la traduction en général et rien que le fait d’admirer certains procédés m’encourage à me dire qu’au final j’ai fait le bon choix.
    J’ai eu l’occasion de voir le film français La Délicatesse (avec Audrey Tautou et François Damiens) avec les sous-titres anglais en Angleterre. Ils ont aussi utilisé “le prénom” pour le problème du vouvoiement.
    Par contre, à un moment il y a une scène où Audrey réconforte François en demandant “Est-ce que tu vas bien ?” : les sous-titres affichaient ‘Are you ok baby?’. J’ai été assez choquée haha.

  6. céline mai 22, 2012 à 10:44

    Quelqu’un a donné cet exemple du côté anglais. Je trouve aussi la traduction très limite !

  7. jean-paul mai 23, 2012 à 6:07

    Quelqu’un aimerait s’essayer à rendre le « tu » et le « vous » dans cette chanson de Patricia Kaas ? Best of luck…
    JE TE DIS VOUS
    Vous viviez comme un prince, je chantais pour trois sous
    Dans un bal de province et je rêvais de vous
    A la fin du polar, quand vous ne mouriez pas
    Comme je l’enviais la dame qui souriait dans vos bras
    Je vous aurais aimé avant de vous connaître
    Mais vous aurais connu avant de disparaître
    Je ne suis pas peu fière, mais je tiens à en rire
    Entre toi et le poster, j’ai du mal à choisir
    (refrain)
    Et je te dis vous
    M’avez éblouie
    Moi qui n’étais rien
    Vous qui aviez tout
    Vous m’avez dit tu
    Es belle, toute en noir
    Quand vous êtes venu
    M’écouter un soir
    C’était au mois de mai, je m’en souviendrai toujours
    J’étais morte d’angoisse, vous sachant là dans l’ombre
    Puis sont venus vos fleurs et l’espoir d’un amour
    Vous le grand, moi la p’tite, soyez là si je tombe
    La gloire est si fragile mais bien moins que mon coeur
    On dit qu’elle est le deuil éclatant du bonheur
    A la fin du polar, si vous deviez mourir
    J’essaierai, c’est promis, de garder le sourire
    (refrain)
    Et je te dis vous
    M’avez éblouie
    Moi qui n’étais rien
    Vous qui saviez tout
    Vous m’avez dit tu
    Es belle, toute en noir
    J’étais si émue
    Sous votre regard
    Quand vous êtes venu
    M’écouter un soir
    http://lyricstranslate.com
    http://lyricstranslate.com

  8. céline mai 24, 2012 à 9:37

    HA! Un sacré défi !

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