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Je passe le week-end avec ma famille dans la région de Bordeaux, et j’ai remarqué cette inscription sur le mur de l’école du village voisin. J’aime beaucoup sa typographie, sa couleur, et le fait qu’elle précise que l’école est laïque. Je me suis demandé comment traduire en anglais ce mot très français ; le premier qui m’est venu à l’esprit est secular (séculier), mais je savais que ce n’était pas exactement ça. C’est ainsi qu’une fois rentrée chez mes parents (et après avoir mangé ma chocolatine de 11 h), je me suis mise au travail.
Laïque (adj.)
Issu du latin laicus « commun, du peuple (laos) », terme ecclésiastique repris au grec d’église laikos, « commun, du peuple (laos) », par opposition à klerikos (clerc), désignant les institutions proprement religieuses. En passant, le mot anglais lay (sans éducation, non-clerc) a la même origine.
La laïcité est donc un système légal ou institutionnel fondé sur la séparation des églises et de l’État, qui concerne la place et le rôle de la religion dans le champ institutionnel et la société civile. En France, ce système a été mis en place par la loi de 1905, qui prévoit que l’État ne reconnaît, ne rémunère et ne subventionne aucune religion et garantit à tous une liberté de conscience complète.
Le champ d’action de la sécularisation est plus vaste : elle vise à remplacer la loi religieuse par la loi civile, mais elle concerne aussi la sphère privée, pas seulement la sphère publique, son objectif étant l’émancipation des consciences et de la société humaine vis-à-vis du pouvoir religieux.
D’où le problème de la traduction d’« école laïque » : ce concept renvoyant à un système institutionnel bien précis qui prend ses sources dans l’histoire française, une note de bas de page serait bienvenue pour en préciser la signification. Si je devais fournir une traduction au pied levé, pendant une mission d’interprétariat, par exemple, je dirais sans doute non-denominational state school. Et vous, qu’en pensez-vous ?

De | 2016-10-18T15:48:28+00:00 5 octobre 2013|Culture, Mots|8 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

8 Réaction

  1. Sara Freitas octobre 7, 2013 à 12:12 ␣- Répondre

    Une vraie bête noire ! J’aurais tendance à dire (en anglais US au moins) “non-religious public school” parce que les termes comme non-denominational ou non-sectarian ont quand même une connotation religieuse (genre on accepte toutes les religions) ou du moins “spirituel”, comme pour un “non-denominational Christian school” (ou “non-denominational mass” ou “wedding”. Mais c’est clair que “non-religious public school” n’évoque pas exactement la même chose que école laique. Pour moi c’est une des situations où la traduction anglaise est bcp plus longue que le texte en français car il faut expliquer/évoquer les informations “manquantes”.

  2. céline octobre 7, 2013 à 9:11 ␣- Répondre

    C’est vrai que “non-denominational” ne veut pas dire absence d’influence religieuse, donc “non-religious” est plus précis, mais comme toi, ça ne me plaît pas énormément…

  3. Nath Renevier octobre 8, 2013 à 7:31 ␣- Répondre

    Un exemple qui montre une fois de plus qu’en traduction les termes techniques, si pointus qu’ils soient, si compliqués qu’ils paraissent à qui ne maîtrise pas le sujet, sont loin d’être les plus difficiles à traduire. En France la notion d’école laïque est claire pour tout le monde (ou presque), alors qu’elle est loin d’être évidente ailleurs, notamment dans les pays anglo-saxons. Quand les concepts changent d’un pays à l’autre, quand l’histoire intervient, quand la culture s’en mêle, quand la perception des choses diffère, la difficulté de l’exercice qui consiste “simplement” à passer d’une langue à l’autre est soudain flagrante. Ah bon, c’est un vrai métier traducteur? Faut croire.

  4. Le vieux Gustave octobre 20, 2013 à 6:19 ␣- Répondre

    Constatons au moins que vous avez encore la fibre du métier puisque vous vous êtes demandé, tout à fait en dehors de votre travail, comment il était possible de traduire en anglais notre adjectif « laïque ». Je pense à tel ou tel traducteur qui vous aurait répondu, si vous lui aviez parlé de votre problème : « Écoute, tu es en vacances, décompresse et laisse tomber tout ça ! » et il s’agit pourtant de personnes fort compétentes, dont j’admire les trouvailles et l’ingéniosité, mais pour lesquelles la traduction n’est qu’un gagne-pain : c’est « le boulot », qu’ils laisseraient tomber volontiers si cela leur était possible pour s’occuper de façon plus intéressante.

  5. Franck décembre 18, 2013 à 1:03 ␣- Répondre

    Bonjour Céline. Je voudrais revenir sur votre post sur “That” et “Which”. Votre rappel sur les relatives restrictives ou déterminatives et les non déterminatives est juste et prouve donc que “which” convient autant que “that” dans l’exemple que vous citez. Ce qui me choque, en revanche, c’est que dans ce tweet le verbe de la relative n’est pas à sa place “The swamp that/which the House of Lords is” (On dirait bien “the oranges that/which I bought” et non “which bought I”). En ce qui concerne la substitution de “that”, on pourrait d’ailleurs préciser qu’elle n’est grammaticalement possible que si le pronom relatif est complément de la relative et non sujet. Merci au passage pour ce blog passionnant d’une traductrice passionnée.

  6. Thierry Bosquet décembre 18, 2013 à 4:07 ␣- Répondre

    pourquoi pas “lay school” ??

  7. J-François Birac février 21, 2014 à 3:28 ␣- Répondre

    Ce village en effet annonce clairement “la couleur”, c’est rare.
    Qques remarques à propos de cette très intéressante question sur la Laïcité :
    – en préambule, la laïcité n’est pas une opinion, c’est la liberté d’en avoir une : j’aime bien cette phrase car la laïcité, c’est avant tout un concept étroitement lié à celui de la liberté d’expression et d’opinion.
    – la traduction de “école/enseignement laïque” en anglais la + adéquate me paraît être : (non religious) state school/education, en réf. à la France essentiellement.
    Qques autres pays ont inscrit une laïcité partielle dans leur constitution : Turquie (10/11/1937 : “l’Etat Turc est républicain, nationaliste, populiste, étatiste, laïque et réformateur”), Inde (“Secular Democratic Republic”, inscrit dans le préambule de sa constitution depuis 1976), Japon, Mexique, Uruguay, Ethiopie, Bolivie, Portugal, Brésil, par ex., sont censés être constitutionnellement laïques, mais tout est relatif …
    – Certains autres pays sont dits séculiers : la constitution établit la séparation des Eglises et de l’Etat, mais ils reconnaissent un statut spécial aux Eglises ou leur constitution fait réf. à Dieu. C’est le cas de l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Canada, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande, les Pays Bas, la Russie, la Suisse. Le cas des Etats Unis est remarquable aussi : République Fédérale constituée d’Etats indépendants dans bp de domaines (comme par ex. la peine de mort !), elle est attachée à une certaine laïcité depuis la Déclaration d’Indépendance de 1776 et la constitution de 1787. Cependant, la formule “In God we trust” est tjrs gravée sur leurs pièces et imprimée sur leurs billets. Et, lors de leur prise de fonction, sheriffs, gouverneurs d’Etats, le Président lui-même, prêtent serment sur un document sacré, généralement la Bible. Il en est de même pour les témoins à un procès !
    – Il est à noter qu’en France, si la loi du 9 déc. 1905 a bien été votée (après d’âpres et formidables débats), le principe de laïcité ne s’applique pas sur tout le territoire.
    A commencer par les 3 départements d’Alsace-Moselle qui, en 1905, étaient encore annexés à l’Allemagne depuis 1871.
    Ils ne furent réintégrés à la France qu’en 1918 et imposèrent d’ailleurs comme condition de leur réintégration de garder le principe du Concordat. Ce qui fait, au passage, qu’ils ont un régime spécifique en matière d’éducation, de sécurité sociale, de mutuelles … et que les religieux (prêtres, pasteurs, rabbins), assimilés à une certaine catégorie de fonctionnaires, sont payés (parfois grassement) par l’Etat : environ 2500 E bruts par ex. pour un curé. Quant à l’Evêque de Strasbourg, 4500 bruts + logé + voiture avec chauffeur (tel un S/Préfet !).
    La laïcité ne s’applique pas également à certaines ex colonies comme Mayotte et Wallis-et-Futuna. Il en est de même en Guyanne, Nouvelle Calédonie, Polynésie, St Pierre et Miquelon.
    Avec mes excuses d’avoir peut-être été un peu long, mais ça me paraissait intéressant de préciser tout ça, car bp de gens l’ignorent;
    Bien cordialement et fraternellement, J-françois.

  8. céline mars 7, 2014 à 4:41 ␣- Répondre

    Merci de ces précisions, J-François : un retour très intéressant.

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