booth
L’interprétariat, j’adore et je déteste. Pendant et après une mission, j’adore. Avant, je déteste. Je stresse. Me suis-je suffisamment préparée ? Va-t-il y avoir une intervenante avec un accent écossais à couper au couteau ? Je ne suis pas assez douée, et tout le monde va s’en rendre compte !! Impossible de me débarrasser de ces doutes insistants. La semaine dernière, on m’a demandé de faire de l’interprétariat en cabine, en équipe avec une autre interprète. Comme je n’ai aucune expérience du travail en cabine et que je ne voulais surtout pas décevoir mon client, je lui ai conseillé de trouver quelqu’un d’autre. Il a catégoriquement refusé, et a insisté pour que je le fasse. La flatterie étant une arme devant laquelle je suis sans défense, je n’ai eu d’autre choix que d’accepter.
J’ai eu la chance de travailler avec une excellente interprète qui avait l’habitude de ce genre de mission. Elle m’a expliqué le fonctionnement de la cabine, et comment passer le relais entre deux phrases : l’interprétariat simultané étant épuisant, une interprète prend la parole pendant 20 minutes, avant de la laisser à sa collègue et de faire un break de 20 minutes. Quand mon tour est venu, j’ai réalisé que loin d’être un environnement intimidant, la cabine est en fait l’espace le mieux adapté à ce travail : on a accès aux boutons de volume, on peut éteindre son micro, on peut avoir tous ses documents de référence et consulter l’Internet, le cas échéant, et l’on se trouve dans un environnement silencieux, ce qui aide à se concentrer sur la seule voix de l’intervenant. Et bien entendu, on travaille avec quelqu’un d’autre, et j’adore les sports d’équipe. C’était vraiment génial.
À la fin de la première session, ma collègue m’a félicitée pour une première « sim » réussie. J’ai répondu que ce n’était pas ma première fois (j’ai fait du simultané lors de nombreuses réunions, dans un hélicoptère, sur des montagnes d’ordures, sur un tracteur, sur un bateau et dans divers équipements de gestion des déchets), mais elle m’a appris que le type d’interprétariat dont j’ai l’habitude est connu dans notre secteur sous le nom de « bidule », autrement dit avec un équipement audio, mais sans cabine.
Donc, non seulement j’ai appris un terme spécialisé de mon secteur, mais je suis aussi ravie d’avoir surmonté ma phobie du travail en cabine, et j’ai hâte de relever mon prochain défi d’interprète.

De | 2016-10-18T15:48:32+00:00 31 janvier 2013|Interprétariat|7 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

7 Réaction

  1. Gilles février 5, 2013 à 3:54 ␣- Répondre

    « on peut avoir tous ses documents de référence et consulter l’Internet, le cas échéant » : mais vous n’avez pas le temps, en simultané, alors pour quoi faire ?
    S’en servir pendant votre break pour ne pas refaire la même erreur (être plus précis, meilleur) après le break ?

  2. céline février 5, 2013 à 4:04 ␣- Répondre

    Par documents de référence, j’entends les polycopiés des présentations annotées par mes soins, la liste des intervenants et intervenantes et leurs organisations respectives, qui se perdent facilement dans le flot des paroles, entre autres. Et puis on est à deux, donc quand on cale sur un truc, l’autre peut faire rapidement une petite recherche pour ne pas qu’on se plante deux fois. Exemple : l’intervenante utilise l’acronyme FEDER, grimace horrifiée de ma part, et hop, ma collègue devine le problème et pianote vite pour me trouver ERDF. Et puis aussi, entre deux prises de parole, on peut réviser et se préparer à ce qui suit.

  3. Le vieux Gustave février 8, 2013 à 8:40 ␣- Répondre

    L’accent écossais à couper au couteau auquel vous faites allusion me fait penser à une confidence du grand traducteur Claude Piron (1) (in « Le Défi des Langues », L’Harmattan, 1994, pp. 108 et suiv.) : quand, dans un grande réunion internationale, certains délégués asiatiques s’expriment à la tribune en anglais, il serait fréquent d’entendre des petits claquements discrets ; ce sont les délégués anglophones qui, prêtant à l’interprète des pouvoirs surhumains, se branchent sur l’interprétation en français en espérant comprendre quelque chose, ignorant bien sûr que le malheureux chargé de traduire ne comprend pas plus qu’eux. Mais enfin il arrive tout de même à se débrouiller, il connaît la position du pays sur la question débattue, « il dispose d’un stock inépuisable de clichés et de poncifs… et, surtout, il sait que personne dans la salle n’imaginera que ce qu’il dit est totalement inventé. » J’espère tout de même que vous n’êtes jamais tombée sur des anglophones amateurs qui vous aient obligée à de telles prouesses.
    Mais – Claude Piron n’a qu’effleuré la question – je me demande ce qu’il faudrait faire si le représentant d’un pays en perdition, brouillé avec les «th» anglais qu’ils soient durs ou doux, avait bégayé devant l’assistance : « My government sinks… » déclenchant bien sûr un gigantesque éclat de rire. L’interprète devrait-il expliquer l’hilarité de l’assistance au risque d’enfoncer encore plus le malheureux orateur, ou ne rien dire et laisser perplexes ses «clients» ? Je me pose toujours la question ; malheureusement Claude Piron est mort et je ne sais pas faire tourner les tables pour l’interroger.
    (1) Il avait été admis à travailler pour l’ONU à la suite d’un concours ou six candidats avaient été reçus sur 250.

  4. Marie mai 13, 2013 à 6:10 ␣- Répondre

    Je suis à H-1 de ma première interprétation simultanée en cabine, et je stresse! Mais ça m’a fait du bien de lire votre article, et j’y vais avec un peu plus de courage.
    Merci pour votre chouette blog

  5. céline mai 13, 2013 à 9:55 ␣- Répondre

    Gustave : le cas que vous mentionnez est typique des dilemmes que l’interprète doit gérer dans l’urgence, et honnêtement, je ne sais pas comment j’aurais réagi…
    Marie : ça s’est bien passé ? J’aimerais connaître tes réactions après ce premier test 🙂

  6. Neil juin 2, 2013 à 4:58 ␣- Répondre

    demain, je passe pour la première fois en cabine… je stresse un peu. On me l’avait proposé une première fois j’ai dit no… Mais là, je n’ai pas pu refuser… Par curiosité… et par défi…
    je vous en dirai plus.

  7. monique zachary juin 10, 2013 à 7:52 ␣- Répondre

    Par rapport à la consécutive, la cabine, c’est le cocon des interprètes, si on a la chance d’avoir un(e) collègue sympa et de connaître un tant soit peu le sujet…C’est un excellent exercice intellectuel. j’adore!!!!

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